Une salle pimpante et fleurie d’un bouquet de lilas fraîchement coupé.

Voilà le bel accueil qui nous était réservé à la Médiathèque Michel Brusset

à Malaucène pour l’atelier d’écriture dédié à la main !

Deux sessions sont proposées, une le matin puis l’après-midi.

C’est la CoVe qui organise des moments comme celui-ci,

en lançant cette invitation de « Bullez en bibliothèques ».

Oui ! Écrire c’est aussi buller ! Se prélasser auprès des mots,

dorer les deux facettes de son imaginaire face visible et face mystérieuse.

Bref, quoi de mieux pour se détendre que de plonger dans la feuille blanche ?!

 

 

 

Au creux de la main

 

Quelques mots dans le creux de la main sont écrits, de ces mots que l’on tient au chaud comme un trésor.

On les écrit pour ne pas les oublier, et pour ne pas oublier de nous laisser guider par eux.

Car certains mots sont des phares. Des espoirs.

Ils portent en eux une histoire personnelle voire historique.

Les voilà donc chevauchant sans gêne les lignes de vie, de cœur et de chance

comme pour incider la destinée.

En ce mercredi 17 avril 2026 les mots tenus aux creux furent :

 

espoir       abeille     connaître      fraternité       poèmes musiques nomades

          chaleur       source          nid               lumière               goutte

 

 

 

La main – paysage

 

On observe la main dans sa matière et ses reliefs.

Les lignes qui la traversent. Son recto, son verso.

On l’extirpe du réel et on l’assigne d’une autre vision.

On la fait devenir paysage.

Promenons-nous sur ces mains :

 

 

« Avec ses monts et ses vallées, ses sources de vie qui coulent dans un filon bleuté,

ses paysages bien marqués dans la couleur de la vie qui transparaît.

 Je suis le vent qui a séché la peau rougie par les rayons des saisons passées,

je suis montagne, prairie, mer et sauvage, creux pour l’abeille qui va polliniser

la fleur fébrile que je peux facilement couper.

 Je suis rivière dans le matin d’un ciel d’été, je suis la main qui a posé sur le monde sa cupidité

mais je suis avant tout l’espoir dans le creux des fleurs et qui sans cesse renaît,

qui transmet, qui s’ouvre vers l’éternité. »  Chantal

 

 

 

« Des lignes, des veines.

 Douceur qui atténue les pliures qui racontent l’histoire.

 Force pour toujours combattre les déboires.

 Le cœur qui palpite pour continuer le partage.

 Le plat, le creux, le dos comme un arbre naissant.

 Je suis la main qui réchauffe, qui offre la fraternité. »    Corinne

 

 

 

 

« Tendue vers la lumière, mes formes créent des dunes

  Imprécisions de la ligne d’horizon

  Couleurs changeantes au rythme de la circulation

  Le temps trace des sillons, chemin vers l’espoir

  Je suis une main qui accompagne. »    Émilie

 

 

 

« Des traces et des sillons.

 Des lignes par dizaines entre fond rose et pointe de bleu.

 Quelques plis, quelques vallées, sans rochers, sans herbes.

 Un désert lisse qui s’étend d’un bout à l’autre des rives, cerné parfois par des reliefs flous.

 Dunes douces. Un mouvement léger apparaît. Il vibre comme la peau d’un tambour.

 Une vie palpite dans un creux, petit nid offert aux mots qui passent.

 Poésie naturelle. Battement de coeurs. Pulsations discrètes et harmonieuses.

 Voyages possibles du nomade traversant les pays, le coeur ouvert sur le monde.

Je suis la main qui égraine et sème. »    Hélène

 

 

 

« LE VIVANT

  Dans le creux d’un vallon boisé et verdoyant, se love une petite source fraîche et limpide.

  Elle jaillit des rochers verticaux pour notre plus grand plaisir, on peut s’y arrêter,

la contempler, la boire, s’y tremper, se rafraîchir un instant.

 De ce point central partent cinq chemins, et c’est l’aventure vers l’inconnu

qui nous mènera au milieu d’une nature généreuse, parsemée de petits monts

et de ravins parmi une forêt dense de feuillus et de conifères.

 Je suis la Main qui guide mes pas, tout près de la source qui pétille et me nourrit. «     Isabelle C.

 

 

 

« Dans une brume opaque, des dunes à perte de vue…

 Le désert est là, ouvert et silencieux.

 Tout est figé, dans une chaleur pesante.

 Rien ne semble vivant et pourtant, même si aucun chemin n’est tracé, un souffle, une respiration anime le sable…

 Au bout du chemin, un puits :

  “Je suis la main qui s’ouvre

              qui s’offre

            pour donner la VIE”  «       Marie-Françoise

 

 

 

 

« Des collines creusées de sillons.

 Plissements aléatoires, tours et détours de sentiers de peau, fleuves souterrains de veine.

 Ici le sang est bleu et la lumière circule, s’égare, se cache et revient.

 Nul ne peut l’enfermer au creux de la paume.

 À l’endroit, ou à l’envers, ce n’est pas le même pays qui s’installe le long des doigts.

 Et puis le reste du monde commence là où finit l’ongle, là où s’ouvre la pulpe des doigts.

 Toucher les choses, les êtres, c’est une rencontre ancienne, une connaissance première.

 Prendre les choses en main, dit-on.  »    Micheline

 

 

 

Grève de la main

 

La main est en mesure d’éxécuter quantité d’actions.

Une liste de verbes se déroule, elle est sans fin car la main agit beaucoup. Trop.

Beaucoup trop ? Alors STOP, imagine !, ta main se met en grève.

Quelles seraient ses revendications ?

Et d’ailleurs, à qui les adresse t’elle ces revendications ?

Le texte doit s’achever sur une proposition étonnante pour qu’elle reprenne son activité.

Bien sûr la tonalité de l’ensemble doit être la véhémence.

Place aux grévistes et haut les mots ! :

 

 

« ASSEZ

 Assez, assez, pas d’ouverture, restons fermées.

 Prendre et reprendre c’en est assez !

 Cessons de caresser, réchauffer, protéger, semer, de se laisser cuisiner.

 Arrête de te répandre en croyant les promesses stériles qui vont encore t’écraser.

 Assez de banalités, de faux espoirs de liberté.

 Reprends en main ta vérité et pour te le prouver tatoue-toi en lettres démesurées le mot liberté.

 Fais sauter les chaînes qui t’entravaient, tu auras gagné. »     Chantal

 

 

 

« ENSEMBLE

 La main droite se met en grève, ne veut plus agir, refuse tout ! Écrire attraper donner travailler caresser…

 La main gauche celle du cœur l’interroge, tente de comprendre pourquoi elle l’abandonne.

 Réponse : la colère générée par la violence du monde, l’amour bafoué, la nature abandonnée.

 La perte générée par le rejet des autres, de la différence, de l’indifférence, le constat de se sentir inutile, futile.

 La main gauche la caresse, lui rappelle qu’ensemble elles sont plus fortes, plus engagées, plus réactives alors revendiquons la liberté. »   Corinne

 

 

 

« Manifeste pour l’égalité !

  Fin, je dis c’est fini, stop.

  Stop à l’inégalité.

  Toujours la même qui est sollicitée.

  Gifler, creuser, œuvrer, ?

  Stop à l’exploitation d’une seule.

  L’une porte les diamants, l’autre trime.

  Aucune autonomie de l’autre, jamais de repos pour moi.

  Incapable de me rendre service, regardez mes ongles !

  Je revendique d’être ambidextre pour accéder moi aussi aux congés. »   Émilie

 

 

 

« Manifeste pour demain…

 Stop. Ça suffit. Assez. Je dis NON. J’écris NON.

 Non à la haine qui se répand impunément dans une odeur nauséabonde,

une couleur de peste brune dans des mains trop présentes qui giflent l’humanité.

 Non aux mensonges qui se cuisinent dans les salons des puissants.

 Non aux bras levés qui reprennent le pouvoir de la main fasciste sur le poing international.

 Non aux détours qui grattent la vérité écrasante naissant sous nos yeux ébahis.

 Non aux mains qui se donnent en pâture aux regards de la violence des armes qu’elles ont fabriquées.

 Oui aux mains qui caressent, offrent, réchauffent, accueillent, se tendent, sèment et dansent.

 Je revendique la reprise en mains de nos deux mains tenues pour demain. Maintenant. »   Hélène

 

 

 

« ET SI les années étaient responsables,

 si la confiance n’était plus là…

 si chaque doigt disait : « Non ! Stop ! Je ne suis plus solidaire des quatre autres ! »

 Allons, ma main qu’est-ce que tu fais ?

 Tu as perdu ta souplesse… En pianotant, pour les glisser sur les touches, tu ne sens plus de différence entre les 4ème et 5ème doigts, c’est embêtant !

 ET SI la solitude était responsable.

 Si toi, l’annulaire (qui, avec ta bague fait le beau) tu étais triste de, seul, porter l’anneau !

 ET SI tout cependant restait possible :

 Ouvre-toi, secoue-toi , tu peux toujours caresser… des RÊVES, c’est bien l’essentiel. »  Marie-Françoise

 

 

 

« LARME D’OBÉISSANCE

 Holà l’esprit et faut que ça cesse

 Tu nous brutalises

 Tu exiges toujours plus : couper, cogner, arracher, broyer.

 Je me tords dans tous les sens

 Tu ne respectes pas le temps de travail

 Mais tu te prends pour qui ? Pour un grand esprit qui a le pouvoir de gouverner ton corps et de te faire obéir aux doigts et à l’œil.

 Je refuse de faire plus. Je bloque, mes doigts se bloquent et tu ne pourras plus les obliger.

 Il ne te restera que tes yeux pour pleurer. Et quand tu arriveras à laisser couler ton âme, alors seulement j’accepterai de recueillir tes larmes dans le creux de ma main. »    Marie-Hélène

 

 

 

« MAINS PROLÉTAIRES UNISSEZ-VOUS !

  Trop, c’est trop.

 Nous n’avons chacune que cinq doigts et nous sommes en charge de tout faire.

 Laver, repasser, travailler, pousser, écraser et frapper, nourrir, caresser, essuyer.

 Honteusement exploitées par toutes les autres parties du corps.

 Qui enfile les vêtements, lave les chaussures, nourrit l’estomac, douche le dos, nourrit la peau ?

 Mais rien que nous  !

 Nous réclamons l’égalité de toutes les parties du corps  !

 Prenons exemple sur les singes, nos cousins, qui se servent de leurs pieds à égalité avec leurs mains. »  Micheline

 

 

 

Un mot pour un autre

 

Ou comment une chanson assez mièvre peut prendre une toute autre dimension !

L’on troue le texte originel pour qu’une histoire différente s’invente.

Alors ça n’est plus « l’école qui est finie mais oui mais oui » …

Non, ce sont la haine, la paix, la guerre, la nuit, la guerre des os,

la vengence, la soumission, la puberté, l’oppression qui s’achèvent !

Des histoires poignantes, rythmées par des refrains qui les rendent encore plus lancinantes.

 

 

 

 

Un geste pour un mot

 

L’atelier d’écriture s’achève sous un aspect plus intime, c’est le moment !

Nous invitons chacune à se remémorer un geste marquant auquel elle a pris part ou auquel elle a assisté.

En veillant à décrire le geste lui-même et la manière dont il a été reçu.

L’on découvre alors la puissance narrative du geste,

en cela qu’il peut marquer pour toujours la mémoire intime ou collective.

Un souvenir éblouissant pour certaines, cuisant pour d’autres.

 

 

"C’était un jour quelconque entre le lundi et le vendredi, 
 Un jour où le rythme du quotidien nous guide et où les désirs et les envies siestent 
 tant on leur laisse peu d’espace, 

 Fin du boulot, 
 La pensée du frigo vide, 
 Un stop sur le trajet retour. 

 Un fromage frais acheté, 
 Un autre déposé sur le palier de la voisine, 
 Un apéro partagé ! 

 C’était un jour extraordinaire entre le lundi et vendredi, 
 Un jour où les désirs et les envies guident le rythme du quotidien qui nous suit."  Cécile

 

 

 

« La main ouverte vers le futur tu essaimes la vie de ton précieux amour

afin de perdurer la vie qui se transmet dans ce geste du don de soi.

 Pas de dimanche ni jours fériés, si quelqu’un connaît le verbe « donner »

tu es le symbole qui chaque jour renaît.

 L’abeille qui donne sans compter.

 La fraternité toi tu la connais sans a priori, des leçons tu pourrais donner. »   Chantal

 

 

 

 

« Dolorès Ibarruri, la pasionaria, ton poing levé pour lever les foules contre l’oppresseur.

  Ta voix lançée vers le ciel, ton courage de femme moderne,

  ton amour de la fraternité et ces mots qui claquent encore NO PASARÁN.

  Nous connaissons l’histoire ils sont passés et aujourd’hui tout recommence.

  No pasarán AIDE-nous »  Corinne

 

 

 

 

« Tirs de kalash. Bruits de verres brisés. Cris. Silences qui tuent.

 Tomber, se relever. Enjamber. Courir. Fuir. Mains en l’air. Yeux au ciel.

 Ils veulent nous diviser du premier jusqu’au dernier. Mais la main refuse.

 La main se lève. La main entoure. Se pose sur le nez, la bouche, les yeux, le coeur.

 Mains serrées. Mains enlacées. La main raconte. Les doigts disent. Et content.

 La main redit et danse. S’élance, s’enlace. Elle danse dans le bal des indignés.

 Elle danse dans le bal des saltimbanques. Elle s’élève vers le ciel. Rallumeuse d’étoiles.

 Poings levés. Mains déterminées. Mains farandoles. Mains tourbillonnent, virevoltent.

 Ce soir nous irons au bal. Et je serai la plus belle pour aller danser.

 Main dans la main avec le monde. Encore Encore… » Hélène

(Clin d’oeil à la chanson signée de HK « Ce soir nous irons au bal »)

HK & les Saltimbanks – Ce Soir Nous Irons Au Bal )

 

 

 

« Assise en tailleur, c’est un moment suspendu.

  Le vieil homme, en fermant les yeux, a taillé le roseau.

  Ses gestes sont si précis qu’il n’a plus besoin de regarder… il m’a tendu le roseau, devenu calame.

  Avec une certaine angoisse, je l’ai, lentement, trempé dans l’encre.

  Sur la feuille vierge, les signes se sont éveillés, d’abord d’une main tremblante, puis plus assurée…

  Dans les yeux du vieil homme, dans son sourire figé, j’ai compris qu’il avait senti que j’étais entrée dans le geste.

  Mais, on ne s’est rien DIT ! … »  Marie-Françoise

 

 

 

« Vous n’existez sûrement plus.

  Et c’est ainsi et c’est très bien ainsi.

  Vous étiez, il y a bien longtemps, si belle et si élégante devant la classe.

  Une classe d’adolescentes mal dans leur peau. Et vous étiez devant nous,

avec une robe verte, je me souviens qu’elle était verte, à la toute nouvelle mode.

  Et j’étais une de ces adolescentes mal, particulièrement mal dans sa peau.

  C’était une période difficile. C’était un cours de latin, j’aimais bien le cours de latin.

  Jusqu’au jour où c’est vous qui l’avez donné.

   Je n’ai jamais compris pourquoi c’était ainsi.

  Mais je me souviens que j’en étais malade, une nausée gigantesque.

  Vous êtes entrée dans la classe et vous m’avez fait venir au tableau.

  Il était question de Jules César et de la guerre des Gaules.

  Vous vous êtes tournée vers moi, le regard sur moi, me balayant de la main.

  Et vous avez dit : « Allons Carpentier, répondez, cela va encore être lamentable »

  Je suis vieille maintenant mais je crois que je vous hais toujours autant. »  Micheline

 

Nous remercions chaleureusement les dix participantes à cet atelier

qui ont livré avec simplicité et grande générosité sensations, fulgurances, intimités et véhémences.

Haut les cœurs et … haut la main !
Clémence Fitte